Maîtresse (2020)

  • Linda Ibbari, – Belgium
  • 14min

FR – Linda Ibbari a saisi une relation particulière : celle que quatre femmes vivent et entretiennent avec leur animal domestique. Devant son objectif complice, elles anthropomorphisent leur bestiole, leur parlent comme à un ami, un enfant, une personne. Mais parfois, surgit la confusion d’une animalité conjuguée.

Un visage, les yeux mi-clos, dodeline, bercé par le ronronnement qui envahit l’espace sonore. Dans le plan suivant, un dogue, cadré serré, halète sous les caresses langoureuses de sa Maîtresse. Un corps-animal prolonge un corps-humain par le biais d’un raccord, qui les fait muter selon les lois d’une zooanthropie des plus communes. Domestique. Dans le sillage d’Ulrich Seidl (Tierische Liebe, 1995), Linda Ibbari a filmé Jenny, Luna, Elisabeta et Chantal, qui vouent une affection toute particulière et exclusive, à Tutule (chat-sphynx), Junkie (rottweiler), Monsieur Dupond (perroquet ara) et un magnifique python corail dont la propriétaire contemple, silencieuse et recueillie, le moindre mouvement d’anneau. Devant l’objectif de la cinéaste, les maîtresses jouent sans retenue avec leur objet d’amour, s’adressent à lui comme à un enfant ou une personne, alors que le montage, enlevé, construit précisément un espace de libertinage inter-espèces, plus comique que tragique, une zone de confusion où le langage articulé peut soudain devenir râles et cris, où l’humanité s’ensauvage au souvenir de son animale condition.

– Emmanuel Chicon

EN – Linda Ibbari has captured a special relationship: that which four women have and maintain with their pets. In front of her knowing lens, they anthropomorphise their animals, talk to them as if to a friend, a child, a person. But sometimes, there arises the confusion of a combined animality.

A face, eyes half-closed, nods, lulled by the purring that pervades the sound space. In the following shot, a mastiff, closely cropped, pants beneath the languid caresses of its mistress (Maîtresse). An animal-body extends a human-body through a match cut, which makes them mutate as per the laws of the most common zoanthropy. Domestic. In the wake of Ulrich Seidl (Tierische Liebe, 1995), Linda Ibbari filmed Jenny, Luna, Elisabeta and Chantal, who have a very particular and exclusive affection for Tutule (a sphynx cat), Junkie (a Rottweiler), Monsieur Dupond (a macaw) and a magnificent coral python whose owner silently contemplates every single movement of its coils. In front of the filmmaker’s lens, the mistresses play unrestrainedly with their objects of love, talking to them as if to a person, while the spirited editing accurately constructs a space of inter-species libertinism, more comic than tragic; a zone of confusion in which the language articulated can suddenly become gasps and cries, where humanity returns to the wild in remembrance of its animal condition.

– Emmanuel Chicon

Language(s)

French