La Bobine 11004 (2020)

  • Mirabelle Fréville, – France
  • 19min


FR – En 1946, peu après les bombardements atomiques, une équipe de l’armée américaine tourne un documentaire sur le « Japon vaincu ». La bobine 11004 concernant Hiroshima et Nagasaki sera classée secret défense pendant 36 ans. Mirabelle Fréville l’a retrouvée et montée pour dénoncer la première censure de l’histoire du nucléaire.

En 1946, alors que les États-Unis occupent l’archipel nippon, une équipe de l’armée américaine et un opérateur originaire d’Hiroshima, tournent un documentaire sur le « Japon vaincu ». A l’époque, rares sont ceux qui peuvent imaginer que les bombes atomiques (représentant une « montée en puissance de l’univers » selon la terminologie mystico-prométhéenne d’Harry Truman, dans un discours prononcé le 6 août 1945) continueront à tuer pendant des années. Plusieurs bobines concernent les villes rasées par le feu nucléaire. Mirabelle Fréville s’est emparée de la « 11004 », classée « secret défense » pendant 36 ans, pour revisiter l’oblitération de la réalité opérée par le code de censure américain dans le Japon occupé, qui interdisait aux médecins de parler des maladies « atomiques » et bannissait le mot « radioactivité » des journaux. Son film, composé d’images parfois difficilement soutenables bruitées avec minimalisme, réhabilite les vivants en sursis (« hibakusha ») de la Bombe, dont les corps silencieux, mutilés, brûlés, continuent de dénoncer la première censure de l’histoire de l’Atome.

— Emmanuel Chicon

EN – In 1946, shortly after the atomic bombings, an American army team shot a documentary about “defeated Japan”. Reel 11004 concerning Hiroshima and Nagasaki would be classified top secret for 36 years. Mirabelle Fréville has found it and edited it to denounce the first censorship in nuclear history.

In 1946, when the United States occupied the Japanese archipelago, an American army team and an operator from Hiroshima shot a documentary about “defeated Japan”. At the time, very few people could imagine that the atomic bombs (representing “a harnessing of the basic power of the universe” as per the mystic-promethean terminology of Harry Truman, in a speech given on 6 August 1945) would continue to kill for years. Several reels concern the cities razed by the nuclear fire. Mirabelle Fréville got hold of reel “11004”, classified top secret for 36 years, to revisit the obliteration of reality undertaken by the American censorship code in Occupied Japan, which forbade doctors from talking about “atomic” illnesses and banned the word “radioactivity” from the newspapers. Her film, composed of sometimes difficult to bear images with minimalist sound effects, rehabilitates the survivors living on borrowed time (“hibakusha”) because of the Bomb, whose silent, mutilated, burned bodies continue to denounce the first censorship in atomic history.

— Emmanuel Chicon

Language(s)

French, English

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